Mise en garde : en raison de mes conditions extrêmes d’hébergements, risque de plaintes, râlements, reproches, geignements, lamentations, jérémiades. Je présente ici même un quotidien dans un Japon hors du temps. Je ne me doutais même pas que ce mode de vie et ce genre de personnes pouvaient exister dans un pays comme le Japon !

 

Wall 17

 

 

2d488b44003c1e31df2f549e417a759b

 

Ô âmes innocentes,

Vous qui fêtez joyeusement la nuit des revenants en vous réchauffant auprès de votre radiateur, de vos amis ou de votre verre de wisky-coca,

Vous qui vous empiffrer de sucreries, friandises et autres douceurs d’Halloween,

Vous qui profiter de ce « Jour des Monstres » pour enchainer bêtises, farces et autres folies,

Sachez que l’horreur véritable se trouve ici même. Au beau milieu des montagnes du Japon …

 

Gif1

 

Bon … c’est vrai, je dramatise un peu … Hormis le fait d’avoir perdu 15°C entre Tochigi et Tôkyô 5°C MA GUEULE !, qu’à partir de 14h30 le soleil disparait derrière les monts orangés, que je trime plus de 6h par jour dans la vallée des courants d’air et que mon hygiène personnel s’apparente à celle d’une gueuse du XVème siècle, TOUT VA BIEN !

Pour une première expérience de wwoofing, j’pouvais pas faire plus extrême ! Mes hôtes ont un style de vie tout à fait particulier basé sur deux principes : 1) un minimum de consommation et de rejet, 2) protester contre le gouvernement en place.

Blog2

Le Bio, la production naturelle de bétails et de légumes font partit intégrante du Wwoofing, il est donc normal que j’atterrisse dans une ferme ou le travail se base principalement sur les récoltes. La zone dans laquelle je suis actuellement a cependant été touchée par les inondations qui ont frappé le Japon en Septembre dernier. Les dégâts sont impressionnants et pour l’heure, j’ai passé plus de temps à déblayer des débris de bois et autres trucs amené par la rivière qu’à réellement travailler dans les champs.

C’est vrai que le plein automne n’est pas réellement la période idéale pour expérimenter la vie de fermier, mais bon … je l’avoue, j’espérais moins trimer que lors de la belle saison Ca n’a pas empêché mes hôtes de me trouver une multitude d’occupations : nettoyage du poulailler, préparer à manger pour les poules, étaler le fumier dans les champs, couper du bois, trier le millet/les champignons, s’occuper des chiens etc … Pas l’temps de m’ennuyer !

 

Blog3

En vérité je n’ai que de rares moments de liberté (le matin, si je me lève avant 8h30, 1h après le déjeuner, de 17h à 18h et ensuite la soirée ou je m’effondre sur mon lit). Entendons-nous bien, en choisissant l’option Wwoofing, je savais pertinemment que les journées seraient dures et je m’étais préparée en conséquence ! Cependant, le plus difficile n’est pas le travail en lui-même mais l’environnement dans lequel il s’exerce : trimer toute la journée dans le poulailler, transpirer et ne pas pouvoir aller se doucher à la fin de la journée est une épreuve que je ne souhaite à personne … Votre sueur se glace sur votre peau avec la température qui descend en même temps que le soleil et vous vous retrouver à grelotter malgré les 3 pulls que vous avez sur le dos !

L’unique zone de chauffage est la cuisine, située dans le bâtiment ou je ne loge pas. Si l’envie me prend d’aller faire un tour aux toilettes en pleine nuit, c’est « Mission Pôle Nord ». Une vraie torture … Ne parlons même pas du bain tous les 4 jours ! Si je sors d’ici sans attraper une pneumonie, j’me considèrerai comme une survivante !

Autre problème : leurs instruments date du siècle dernier ! La quasi-totalité de leurs outils coupants sont ébréchés, rouillés et ne coupent rien du tout, les brouettes sont trouées, il manque plusieurs dents à la scie etc... Je veux bien travailler dur, mais utiliser des outils trop vieux dans le cadre de travaux fermiers demande deux fois plus d’efforts et s’avère carrément dangereux heureusement que j’ai refait mon vaccin contre le tétanos avant de partir ! Niveau sécurité, physique et morale cette ferme est clairement en dehors des normes du Wwoofing j’vais envoyer deux ou trois réclamations au site …

 

317

 

Hormis cela, la famille qui m’héberge est très sympathique : deux adultes dans la cinquantaine avec leurs trois enfants de 16, 12 et 11 ans enlevez leur trois ans par rapport au gosses de chez nous ...

 

b164acacf64e6eff2131245b85bb0232

Généralement, les Japonais sont assez connus pour leur « retenue » dans l’expression de leurs pensées, de leurs idées (on nomme cela le Tatemae). Mes hôtes ont la particularité d’être des gens qui, au contraire, n’hésitent pas à dire tout haut ce qu’ils pensent et à s’opposer vertement au gouvernement et à la société en place.

Il y a 10 ans, ils ont choisi de s’isoler au beau milieu de la montagne, de cultiver leur propre nourriture, construire leur maison, se laver tous les 4 jours, bref’ tenter de vivre en totale autarcie loin d’un monde qui ne leur convient pas. Adeptes de la théorie du « Il existe un complot organisé par les Américains pour annexer le Japon et le reste du Monde », ils sont viscéralement opposés au gouvernement japonais en place, très amis avec les USA. Il y a un mois, ils ont retiré leurs trois enfants de l’école du village situé à 3km de la ferme afin de protester contre le Premier Ministre Abe Shinzô qui souhaite abolir l’article 9 de la Constitution Japonaise (« renoncement à l’utilisation de la force dans le cadre d’un conflit international », article institué par les USA à la suite de la 2ème GM).

.

319

Pour ceux qui ne connaissent pas vraiment le Japon, il faut comprendre qu’ici, il est très mal vu d’exprimer son opinion en société. C’est une chose que l’on garde pour soit pour ne pas déranger « l’harmonie sociale ». Le fait que mes hôtes protestent de cette manière est réellement surprenant dans un pays comme le Japon !

C’est la première fois que l’on me demande de manière aussi répété mes opinions politiques, mes positions vis-à-vis de telle ou telle réforme gouvernementale, ce que je pense du Monde actuel, de mon style de vie etc… bonjour, vous êtes de la Gestapo ? Pour pouvoir passer mes deux semaines en toute sérénité, autant avouer que je brode dans leur sens …

Je discute énormément avec la Maman qui à passer trois années en France à étudier la Mode et qui finit fermière au beau milieu des montagnes WTF ?! et me demande comment marche les manifestations françaises, si les journalistes sont des chiens du gouvernement, si le bio est important en France etc … Je pense avoir vachement rehaussé son respect pour la France en lui racontant l’importance de la liberté d’expression, le repas bio hebdomadaire dans les cantines françaises et le défilé des tracteurs dans Paris début Septembre si une révolte des agriculteurs à lieu dans le coin cette année, ce sra ptètre de ma faute … :S

 

Blog4

Même si cet aspect de leur personnalité est assez spécial, ils n’en sont pas moins des hôtes charmants autant que possible au beau milieu des montagnes avec un train de vie digne de paysans du XVème siècle …. Quand je tente de m’ouvrir les veines à l’aide d’une baguette suite à mon dégout de Moi-Même après trois jours sans me laver, ils me font gentiment chauffer de l’eau pour me permettre de faire une petite toilette les conditions de vie font que je ne peux pas le faire moi-même. Yuri-san, la maman, m’a initié à la cérémonie du thé sur la table de jardin dans des poteries ébréchées mais j’étais contente, lorsqu’ils remarquent que l’eau du bain hebdomadaire est trop chaude pour moi 60°C MA GUEULE ils descendent la température à 40°C joie \o/.

C’est une famille très gentille qui prend soin de moi mais qui manque parfois cruellement de bon sens : travailler dans les champs sans gants dans une montagne réputée pour ses champignons vénéneux, serpents et autres trucs mortels qui apparaissent soudain entre deux brins d’herbe est tout simplement stupide. Idem pour le travail du bois. Aucun casque ni lunettes de protection lors de l’utilisation d’instruments d’ébénisterie assourdissants. En ce qui me concerne, je n’hésite plus à sortir mes boules quies et la paire de gants dénichés dans un des cartons du poulailler merci, je tiens à mes mains et mon ouïe !

.

Blog1

Enfin, dernière chose qui horrifie l’animatrice de Centre de Loisirs qui est en moi : la sécurité morale et physique des enfants ! En plus de ne pas aller à l’école (ils étudient 6h par semaines par eux-mêmes), les enfants doivent aider chaque jour dans les différents travaux de la ferme et ainsi manipuler les outils merdiques et dangereux à disposition manipulation d’un couteau de boucher rouiller jusqu’au manche pour hacher le potiron destiné aux poulets, transporter une brouette de 15Kg pleine de terre et devoir tout étaler sur le champs de blé. Très sauvages au début, les enfants commencent doucement à m’adopter : malgré les demandes répétées de leur Mère, je leur parle en japonais et non en anglais ! Lorsque je considère que le travail demandé est trop difficile ou trop dangereux pour eux, je fais en sorte de prendre les choses en mains pour leur éviter une mort précoce (notez que refus de civilisation = refus de vaccins, médicaments et autres soins qui fait intervenir des produits « chimiques »).

Je suis passée de Kanojô (« elle ») à Kuroé-san*, puis Kuro-chan et enfin Nee-chan (« Grande Sœur », appellation affective donnée à une personne plus âgée).

Ils ont beau être très gentils, me demande quand même s’il ne faudrait pas alerter les services sociaux …

 

337

 

Plus qu’une semaine avant mon retour à la civilisation !

La semaine prochaine : retour sur mon quotidien, ce que j’apprends ici et comment j’occupe mes rares jours de congés (les Mercredi).

Merci pour vos nombreux messages de soutiens qui ont adoucies mes rudes journées ! Pardon à ceux qui ont vu ma tête de déterrée pas lavée sur Skype et qui en ont fait des cauchemars ! Promis, dès Dimanche 8 je redeviens humaine !

MaisonShichida

N'oubliez pas, pour plus de photos, rendez-vous sur mon Flickr !

(lien dans la colonne de droite =D)

.

* "chan" est un suffixe de politesse en japonais : on utilise "san" pour les personnes peu connues ou de rang supérieur, "chan" pour les femmes/fillettes proches et "kun" pour les hommes ou garçons de notre entourage.