Difficile de publier quelque chose en cette période sombre pour la France et pour tous les Français à travers le Monde … J’ai beau être à 9700 km de Paris, les évènements de Vendredi m’ont laissés dans un état de peur, stress et tristesse que je n’avais pas ressenti depuis Janvier dernier. A vivre dans un pays aussi sur que le Japon, j’en étais venu à oublier l’angoisse qui ne s’effaçais jamais totalement lorsque je séjournais dans la Capitale ou ses alentours.

Prenons garde à ne pas tomber dans la haine et la violence à cause de ces quelques meurtriers, de plus en plus nombreux, j’en conviens, qui semblent vouloir saigner à blanc notre pays.

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Ce Journal de bord à été écrit en grande partie avant ce Vendredi 13. Il conserve donc un ton émerveillé et joyeux en adéquation avec mon état d’esprit du moment. En espérant que ces lignes vous permettent d’échapper pendant quelques minutes au cauchemar qui s’est produit il y a quelques heures.

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S’il vous arrive un jour de visiter le Japon et de vous retrouver dans une ville touristique du style Kinugawa, Nikkô ou Kamakura, ne vous prenez pas la tête pour votre pique-nique du midi ! Ces villes sont généralement dotées d’une rue commerçante (dans les environs de la gare) remplies de petites boutiques d’Omiyage (souvenirs). La grande majorité des Omiyage sont des spécialités de la région ainsi, lorsque vous entrez dans une boutique, un étalage de ravissante boites de nourritures s’offrent à vous ! Vous avez à peine le temps de poser le pied dans l’entrée qu’un vendeur chargé de la « Grande Spécialité » vous offre chaleureusement un petit quelque chose à Kinugawa, j’ai eu le droit à un manjû anko-pâte de sésame et à Kamakura un verre de sirop de miel. Si vous déambuler dans les boutiques, vous apercevrez forcément de petites boites servant à tester les aliments pour mieux choisir quoi acheter. Vous pouvez ainsi passer toute votre pause-midi à écumer toutes les échoppes proposant des dégustations sans débourser un sous pour votre déjeuner =D

Grâce à ce système et en tant que Française de type Pique-Assiette, j’ai passé la moitié de mes déjeuner de cette semaine à grignoter tout ce que je trouvais dans ces boutiques ! En plus de faire des économies sur les repas, cela permet de découvrir tout un tas d’aliments et de saveurs qui nous sont totalement inconnus à nous autres, pauvres Occidentaux.

dire que j’avais perdu du poids durant mes semaines de Wwoofing …

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Après avoir profité des hôtels et sources chaudes de la ville de Kinugawa, je me suis finalement dirigée vers la ville de Nikkô pour terminer en beauté mon séjour dans la Préfecture de Tochigi. Nouveau type d’hébergement cette semaine : le Couchsurfing !

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Durant 4 jours, j’ai résidé chez une Japonaise extraordinairement bienveillante : Sumire-san ! En plus de me véhiculer à chacun de mes déplacements, elle m’a concocté d’excellents repas matin-midi et soir ! Le village où elle vit est relativement perdu au milieu de nulle-part, mais sa maison est vraiment très agréable ! Pas mal de champs entourent cette zone mais ce qui a fait mon bonheur se sont LES ARBRES A KAKI ! Si vous ne connaissez pas encore ces délicieux fruits orangés, sachez qu’ils en existent deux sortes : 1) les bons 2) les dégueulasses.

 

kaki

Un Kaki est considéré comme bon lorsqu’il possède une peau croquante, un goût sucré et qu’il fond dans la bouche. MAIS PRENEZ GARDE ! Les dégueulasses sont âpres et vous laisses avec une sensation de bouche et de gorge desséchée t’as beau boire 3L d’eau, la sensation ne disparait pas ! Ma première expérience avec un Kaki made-in-Italia était en France, ce fut un désastre. C’est durant mon Wwoofing que, n’ayant rien d’autre à manger, j’ai pris mon courage à deux mains et ai à nouveau testé ce fruit ! Mes papilles en ont frétillées de plaisir !

Le village de mon Couchsurfing était donc parsemé de ces arbres et personnes ne semblaient vouloir les récolter les japonais feraient-ils une over-dose ?!. Du coup, j’ai fait ma cueillette et fourgué dans mon sac un bon kilo de ces perles orangées ! un Papi Jap’ avec son déambulateur m’a grillé en train de piquer les Kaki de son voisin … il a gardé son air choqué jusqu’au coin de la rue

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Le lendemain de mon arrivée, une autre couchsurfeuse est arrivée dans la maison : Chiara, une journaliste italienne de 37 ans. Comme elle ne parlait pas un mot de japonais et que l’anglais de mon hôtesse se limitait à « Okay », j’ai fait office de traductrice entre les deux durant tout mon séjour ! Malgré cette barrière des langues, nous avons énormément parlé, échangé et rigoler autour de nos repas !

Chiara a pour projet un grand reportage sur le Japon en prévision des J.O de Tôkyô en 2020, elle avait donc réservé un guide pour visiter la ville de Nikkô et m’a gentiment invité à se joindre à elle je soupçonne que mes capacité linguistiques y sont pour quelques chose.

 

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Finalement, après toutes mes péripéties à travers la préfecture de Tochigi, j’y étais : Nikkô ! Centre du Bouddhisme et du Shintoïsme durant les Shogun Tokugawa ! De majestueux temples et sanctuaires à couper le souffle, de la mousse qui s’accroche aux murs de pierres depuis des centaines d’années, des jardins aux couleurs magiques en cette période de Kôyô … Ce lieu est d’une beauté incroyable !

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 Il faut toutefois préparer un petit budget car les entrées sont toutes payantes (comptez ¥3000 pour l’ensemble de la zone World Heritage), mais ça en valait le coup ! Il faut aussi pensez à enfiler de bonnes pompes de marche car ça grimpe pas mal évitez les talons, comme ceux de la Russe à moitié à poil qui a passé deux heures dans le Tôchô-gû à prendre des photos dans toutes les positions pour son Instagram … m’a bien fait rigoler celle-là, suis sûr qu’elle a chopé une pneumonie c’te greluche !

Visiter cet endroit avec un guide qui fournit pas mal d’explications et d’anecdotes était vraiment très enrichissant. Bon, il était pas tout jeune et j’ai eu un peu peur de le perde lors de l’ascension des 200 marches menant à la tombe du Premier Shogun Tokugawa essoufflé comme un bœuf, rouge comme une écrevisse, se tenait le cœur … « la jeunesse … c’est bien » nous a-t-il dit entre deux quinte de toux :/ mais il a tenu bon et nous a fait crapahuter toute la journée  sous les feuilles d’érable cramoisies !

 

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Inutile de décrire ici tous ce que j’ai pu voir : il faut le vivre pour pouvoir ressentir l’émerveillement qui nous saisit face à tous ces édifices millénaires ! Vous pouvez toutefois avoir un petit aperçu via mes photos publiées sur Flickr !

Après cet excellent séjour à Nikkô, j’ai repris le train Jeudi en direction de Tôkyô pour crécher gratos pendant une semaine dans mon ancienne Share House de Kita-Senjû ! Les collocs m’ont accueilli à bras ouverts, les mains chargées de bouteilles de tease et de sourires sur les lèvres ! On a dignement fêté mon retour avec un apéro le jour même et une soirée Nabe (Pot-au-feu) le surlendemain.

 

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Toutefois, la journée de Samedi a été très difficile. Se réveiller et découvrir que des attentats sont en cours dans son pays, c’est terrible. On se précipite sur la télé japonaise en espérant avoir des infos parce que mon ordi a choisi ce moment précis pour faire ses fichus mises à jours, on se rappelle que les médias japonais sont aussi utiles qu’une carpe Koi dans un étang … du coup on saute sur Facebook pour tenter de grappiller quelques infos. La quasi-totalité des contacts français étant en état de choc, personnes ne sait vraiment ce qu’il se passe, la panique, la peur et le désespoir sont dans toutes les publications. Au final, une fois la MAJ de mon ordi terminée, je me suis branchée sur une valeur sur : France Inter.

Bloquée de 7h (23h, heure française) à 11h du mat’ à écouter les dernières informations qui m’ont plongée dans un état de mal aise et de frustration. Savoir ses proches et ses amis à proximité des zones touchées, ne pas pouvoir les appeler, les serrer dans ses bras ou tout simplement sentir leur présence dans une même pièce est vraiment une sensation terrible.

Par bonheur, j’étais bien entourée lorsque ces évènements sont survenus. Avoir quelques compatriotes dans les alentours permet de partager ses angoisses (merci Julien !). Quand à mes amis japonais ont tout fait pour me faire garder le sourire.

 

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Aujourd’hui, Dimanche 15 Novembre, je me suis rendue à l’ambassade de France à Tôkyô afin de soutenir mon pays dans cette épreuve auprès d’autres expatriés. A peine sortie du métro que je suis entrainée dans une foule d'Occidentaux se dirigeant vers le même endroit que moi. Une file d'attente incroyable pour rentrer dans les jardins de l'ambassade. Français, japonais et quelques anglais. Des personnes venue seule ou des familles entières débarquant avec leurs bouts de chou sur leur épaules.

Dans un grand calme nous avons tous écouté les quelques mots de l'ambassadeur ainsi que ceux du gouverneur de Tôkyô, rendu hommage aux nombreuses victimes et chanté à pleins poumons notre hymne nationale. Etre entourée de toutes ces personnes dans ce micro-territoire français, ça m'a mis un peu de baume au coeur.

Lorsque vous êtes loin de votre famille et de vos amis, c’est déjà beaucoup …

Du plus profond de mon être, je suis avec Paris, avec la France.

 

WP